1995 – L’avion

2025, c’est le 30e anniversaire du Prix littéraire Damase-Potvin. Un concours de nouvelles qui a évolué au fil des ans et qui continue de stimuler la création des auteur·e·s de 17 à 97 ans dans trois catégories distinctes autour de trois contraintes spécifiques: respect du genre, du format (entre 750 et 1000 mots) et d’un thème annuel.
Pour l’occasion, grâce à un soutien financier de la Fondation TIMI reçu en 2024, nous publions dans cet espace numérique les nouvelles des auteur·e·s qui ont remporté le premier prix des éditions de 1994 à 2003, accompagnées chacune d’une photographie d’un artiste de la relève pour illustrer, en 2025, le thème de l’édition.
Un merci particulier à Valérie Lavoie du Cégep de Jonquière, Cindy Dumais et Bruno Marceau du Cégep de Chicoutimi, Annie Perron de l’Université du Québec à Chicoutimi ainsi qu’à Jasmine Cormier-Bezeau de La Corporation les Adolescents et la Vie de quartier de Chicoutimi (AVQC) pour leur précieuse collaboration.
Merci à nos fidèles partenaires et longue vie au Prix littéraire Damase-Potvin !
Bonne lecture!

Photographie: Hugo Leroy, alors étudiant à l’Université du Québec à Chicoutimi en 2024.

1995 – (L’avion)
La présidence d’honneur de cette 2e édition était assumée par les députés Gérard-Raymond Morin et Gilbert Fillion.

1er prix : Éric Martel

May Day

« Allo la Base?  Aigle Deux en détresse. Mon moteur a pris feu, je vais tenter un atterrissage forcé dans un champ. Je ne peux pas me rendre jusqu’à l’aéroport. Terminé. »

* * *

Mélanie avait peur, très peur. Sa robe était déchirée, et il lui arrachait maintenant ses petites culottes pour enfouir ses gros doigts sales dans son vagin. Il allait la violer, c’est certain. Elle n’avait plus la force de se débattre, son visage était couvert de marques bleues et de plaies sanguinolentes, son bras droit était peut-être cassé. De toute façon, elle ne le sentait plus.

Un gros barbu à la carrure imposante vêtu d’une chemise à carreaux maculée de graisse et trempée de sueur quasi animale détachait ses pantalons. Elle voulait mourir, malheureusement il n’attendrait pas qu’elle meure pour l’humilier.

Quand il la pénétra, déchirant la chair qui se mit à saigner, elle voulut hurler, mais elle ne siffla qu’une plainte étouffée qui se perdit dans le bruit d’un avion qui passait juste au-dessus d’eux… personne ne viendrait plus, maintenant.

* * *

Denis frappa sa femme avec sa bouteille encore pleine qui se fracassa sur son crâne, la balafrant dans une ondée de bière qui dissolvait le sang, maculant sa blouse de soie. Criss de chienne, tu vas pas me tromper deux fois, certain!

Il la prit par les cheveux et la projeta dans l’escalier du sous-sol. Il la regarda débouler et s’écraser sur le ciment. Elle bougeait encore… Tu t’es organisée pour que j’te voie par la fenêtre, hein, ma sale? Tu voulais que je sois jaloux, hein? Il la remonta dans la cuisine. Tu veux-tu en voir, d’la vitre? Regarde ben la porte patio parce que tu vas passer à travers!

Elle le dévisagea, hébétée, puis elle regarda dehors. Elle vit un avion qui semblait voler bas, trop bas. Peu importe, elle se voyait mourir.

Il l’empoigna par les jeans et la propulsa à travers la porte patio. Il y eut un son sourd, la vitre cassa, pénétrant les chairs, fendant les organes. Le bruit de l’avion était assourdissant. Elle était morte, la salope…

* * *

R’garde, Philippe, ça c’est un jouet pour les p’tits gars sages. Prends-lé dans tes mains. C’est ça, comme ça. Asteure, tu bouges comme ça, oui. Ça, mon oncle Roger aime ça. T’es ben fin  Non, arrête pas… O.K.

Si tu veux, tu peux y goûter. Tu vas voir, c’est un peu salé. Ho oui! Là t’es fin!… hooo… mon oncle va v’nir… Philippe!…

Un avion se rapprochait, encore, encore. Le son devint assourdissant, presque insupportable.

Oublie pas mon Philippe, c’est un secret entre nous deux. Tu le dis à personne… O.K.?

* * *

Justin était au comble du bonheur. C’était son anniversaire et ses parents l’emmenaient jouer dans les manèges, à l’Expo de Chicoutimi. Il avait eu plein de beaux cadeaux, hier, et ses amis étaient venus à la maison pour jouer et fêter avec lui. Sa mère lui avait fait un gros gâteau au chocolat, et son père lui avait acheté une bicyclette de montagne. Il était au comble du bonheur.

Ils sortirent tous les trois dehors. Il faisait soleil et le mercure frôlait les vingt-deux degrés. Pendant qu’il bouclait sa ceinture, il vit un avion par la vitre. Il était magnifique, mais il semblait brisé. De la fumée sortait de son réacteur. Il faisait beaucoup de bruit, trop de bruit. Il était très proche, beaucoup trop proche.

Dans un vacarme atroce, dans une vague de flammes, le F-18 vint percuter la maison, puis broya la voiture qui reculait dans l’entrée. Il y eut une violente explosion. Le pilote était mort.

Bonne fête Justin!

 

Historique
Créé en 1994, le Prix littéraire Damase-Potvin, alors exclusivement baieriverain, est associé au Café jeunesse de La Baie jusqu’à sa fermeture. En 1997, sous l’impulsion de l’auteur André Girard et de madame Carolle Lapointe, le concours de nouvelles s’ouvre aux auteur·e·s de toute la région et, en 2003, la catégorie Jeunesse vient s’ajouter à la catégorie Adulte. La catégorie Professionnelle est mise en place en 2005 avec la collaboration du Conseil des arts de Saguenay et du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean. En 2017, l’Association Écrivain·e·s de la Sagamie en assure la coordination et, depuis 2022, la gestion complète.