Les lauréat·e·s 2026 – Adulte

Les lauréat·e·s des Prix littéraires Damase-Potvin 2026 ont été dévoilé·e·s le jeudi 23 avril 2026 à la Brasserie Port-Alfred de La Baie, en présence de la présidente d’honneur, Sylvie Marcoux. Frontière(s) était le thème du concours de nouvelles de la 31e édition.

Au cours de cette soirée, animée par Johanie Bilodeau, on pouvait entendre les comédiens Florence Boudreault et Patrick Simard lire les textes gagnants ainsi que Sophie Torris pour la lecture des commentaires des jurys. Grâce à la captation de l’événement par NousTv–Le Fjord, une capsule vidéo a été produite pour chaque texte. Ci-après les capsules vidéo et les commentaires respectifs du jury pour la catégorie Adulte, décernée par la MRC du Fjord-du-Saguenay.

Bonne écoute !

1er Prix catégorie Adulte — J’ai plein de mots polis dans les poches de Vanessa Coutu

Voici les commentaires du jury:

« Dans une écriture toute simple, mais efficace, ce texte se démarque notamment par la composition de sa structure même et par sa finale qui se referme sur l’impossibilité de dire vrai.
Déployé très subtilement, le thème de la frontière apparaît ainsi dans le faux-semblant qui oscille entre la vérité et le mensonge, entre le bien et le mal, entre le soi et l’autre, et surtout entre le monde des adultes et celui de l’enfant, qui préfère cacher ce qu’elle aurait envie de dire parce qu’elle a les poches pleines de «mots polis» comme des cailloux.
Tout un réseau métaphorique étale le thème du caillou qui fait mal aux autres quand on le lance et à soi-même quand on tombe sur ceux dont on s’est rempli les poches. Ainsi le mot devient-il le symbole de cette frontière infranchissable qui sépare l’âge adulte de l’enfance, cette enfance dont le texte adopte fort habilement le ton, sans facilité ni condescendance.
Comme une déposition ou un dialogue avec un personnage anonyme et sans identité, simple personnification de l’écoute et peut-être de la lecture, la jeune narratrice nous raconte habilement, dans des mots judicieusement choisis, sa vie de famille depuis la venue de son petit frère et les réflexions qu’elle lui inspire, jusqu’à l’image de sa mère «belle quand elle sourit» et même «belle tout le temps».
Une incontestable réussite!»

2e Prix catégorie Adulte — La lignée de Julien Renaud

Voici les commentaires du jury:

« Traitant le thème en son sens propre, le texte ancre son récit dans le réel en évoquant une situation dont les médias ont abondamment parlé : un édifice à travers lequel passe une ligne frontière. Dès les premières lignes, cette nouvelle saisit le lecteur dans le présent d’un évènement en cours qui inscrit le destin de la narratrice dans le spectaculaire.
Comme le veut la tendance actuelle en littérature, le personnage s’inscrit expressément dans la réalité sociale et politique d’aujourd’hui, mais en la traitant avec un humour salutaire.
Le jury a particulièrement apprécié l’habileté avec laquelle le récit est mené et les détails judicieusement placés pour évoquer, en l’espace de seulement quelques pages, la durée d’une vie de plus de quatre-vingts ans.
Et la référence implicite aux actions et décisions d’un homme politique trop présent dans nos nouvelles permet au lecteur de se distancer avec plaisir de l’actualité par l’ironie déployée par ce texte très efficace. »

3e Prix catégorie Adulte — L’hiver de Stéphane Émond

Voici les commentaires du jury:

« Écrit dans un français québécois familier habilement rendu et rempli de belles images poétiques, ce récit bien mené, au rythme sûr, traduit fort bien le thème tout en construisant une fiction dont l’ambigüité habite encore l’esprit du lecteur longtemps après la dernière ligne.
Le texte fait agréablement travailler l’imagination, il sait se montrer intrigant, servi par un style très personnel qui s’impose au lecteur par sa qualité, dont son art de la métaphore filée et de la comparaison étonnante, ainsi que par son pouvoir d’évocation.
Avec beaucoup d’humour dans le maniement d’une langue très maitrisée, l’auteur rend manifestes la solitude et le découragement d’un étrange garde-barrière qui contrôle la frontière d’une forêt saisie par l’hiver. Et malgré l’identification précise de lieux de la région, la fiction sait garder son mystère jusqu’à la fin, ce qui lui donne une dimension un peu fantastique.
Le jury a beaucoup apprécié ce texte.»

Mention catégorie Adulte — Symbiose frontalière de Lionel Barbot

Voici les commentaires du jury:

« Avec beaucoup d’originalité et d’humour, le texte illustre de façon surprenante le thème du concours en faisant jouer toute la gamme de ses sens multiples. Il traite en effet la frontière sous l’angle de la barrière à franchir mais aussi, au contraire, du rempart qui protège et permet à toute une communauté de grouiller et de vaquer à ses occupations derrière son abri.
La surprise ici et la drôlerie viennent du fait que la communauté évoquée par le texte, c’est celle des organismes minuscules qui forment le microbiote de chacun d’entre nous, derrière la double frontière de la peau et de la chair.
Dans une langue élégante et parfaitement maîtrisée, l’auteur donne la parole à cette communauté microbiotique qu’il dote aussi d’une vie politique avec exercice du droit de vote et autres anthropomorphismes inattendus.
Un régal de diversions et d’ironie où l’on épingle en passant le texte scientifique et ses mots savants, grecs ou latins, comme chez Molière. »