Le nécessaire rassemblement

L’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) célèbre en 2018 ses 25 ans d’existence. Dans la série des textes signés par les écrivains de l’Association qui racontent un fragment de son histoire, voici, en ce 25 octobre 2018, celui de Mylène Bouchard. Bonne lecture!

Le nécessaire rassemblement

Je suis entrée dans le milieu littéraire en 2006 avec la publication de mon premier roman, Ma guerre sera avec toi, qui marquait aussi le début des activités des Éditions La Peuplade. J’étais naïve, tout était nouveau. J’ignorais bien que cette vaste aventure de la création et de l’édition me conduirait où je suis maintenant, d’une rencontre à une autre toujours plus éprise de littérature, toujours plus ravitaillée en expériences et en voyages. Percer le milieu littéraire a tout d’abord signifié faire la connaissance de mon environnement immédiat, être invitée à titre d’auteure à participer à diverses activités, à monter le tout premier kiosque de La Peuplade au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean – avec notre vieille Underwood, notre malle de cuir et nos trois titres. Je rencontrais les figures régionales importantes dans les cocktails, les Danielle Dubé et Yvon Paré de tous les événements, devenus des amis, les André Girard, Hervé Bouchard, Larry Tremblay, Jean Désy, pour ne mentionner que ceux-là. Il y avait une véritable effervescence tranquille dans ce milieu qui s’offrait, il y avait de quoi s’occuper, de quoi inventer, encore. J’ai senti une place, la mienne, et je l’ai prise. Autrement dit, je me sentais pour la première fois de ma vie à ma place. Et, comme ça ne se bouscule jamais trop au portail, il y avait plus qu’une place pour s’impliquer de différentes manières dans le soutien du milieu. J’ai alors commencé à siéger sur le conseil d’administration de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie. Je faisais mes classes. Je parlais peu, écoutais beaucoup, pour comprendre et respecter l’histoire de ce regroupement, pour saisir les enjeux et prendre au bout du compte les bonnes décisions. Je me sentais engagée, comme ma mère l’avait été dans mon village en créant il y a quarante ans de cela la bibliothèque municipale. Je valoriserais la littérature dans toute sa splendeur et je défendrais bientôt la nécessité que chaque région du Québec ait son association régionale d’auteurs à titre de représentante des régions au sein de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (je m’appelais moi-même l’agent des terres). Je voyais comment les écrivains se trouvaient isolés dans les régions où il n’y avait pas d’association et comment ceux qui se rassemblaient dans une communauté étaient plus forts, plus motivés, plus actifs, plus visibles. Bientôt surchargée par la direction littéraire des Éditions La Peuplade, par les naissances, par mes projets d’écriture – quatre autres livres ont été publiés depuis – et par les multiples implications sur le territoire, j’ai dû mettre de côté à contrecoeur la présidence de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie, mais pas avant de créer un peu plus d’ouverture dans l’acceptation des membres de l’Association ni sans permettre au conseil d’administration de se renouveler – certains administrateurs y étaient depuis près d’une vingtaine d’années. C’est ainsi qu’on y a vu passer quelque temps Sophie Bouchard, Sophie Gagnon-Bergeron, Étienne Provencher-Rousseau. Quant à Sophie Torris et Céline Dion, elles sont toujours là. Intérieurement, je souhaitais continuer l’oeuvre. Il fallait hélas du repos. Toutefois, je pouvais partir l’esprit tranquille, l’effervescence ne s’atténuerait pas. Un tournant avait eu lieu dans l’histoire de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie, il y avait une vraie relève, la continuité du projet de ses fondateurs rêveurs. Se rassembler serait toujours nécessaire. Aussi bien le faire autour de ce qui nous anime réellement (et d’une bonne bière).

Pour la suite, j’ai cessé pendant un temps l’implication sociale. Mais voilà que je suis repêchée en 2016, après que je termine un troisième mandat au conseil d’administration de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois. Je suis présentement membre du Conseil consultatif de la lecture et du livre – nous travaillons ardemment sur la révision de la Loi du livre (Loi 51) – et je siège également à la Commission du livre et de l’édition spécialisée de la Société de développement des entreprises culturelles.

Je fais mes classes. Je parle peu, j’écoute beaucoup.

Que voulez-vous, je suis tombée dedans quand j’étais petite…

Mylène Bouchard

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